Nucléaire : les Occidentaux veulent renvoyer l'Iran devant le Conseil de sécurité

Les États-Unis et leurs alliés européens poussent pour une résolution de l'AIEA afin de renvoyer le dossier nucléaire iranien à l'ONU. Téhéran refuse de coopérer, laissant l'AIEA sans informations sur ses stocks de 440,9 kg d'uranium enrichi à 60 %.

Now14Auteur : Efrat Brenner
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Nucléaire : les Occidentaux veulent renvoyer l'Iran devant le Conseil de sécurité
Photo : Now14 / מחבל משמרות המהפכה | צילום: שאטרסטוק

Les États-Unis et leurs trois principaux alliés européens — la Grande-Bretagne, la France et l'Allemagne — intensifient aujourd'hui (mardi) la pression diplomatique sur l'Iran. Les puissances s'activent pour faire adopter par le Conseil des gouverneurs de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) une résolution qui renverrait le dossier nucléaire iranien devant le Conseil de sécurité des Nations unies. Cette démarche fait suite à une annonce officielle et inhabituelle de l'AIEA, selon laquelle Téhéran refuse de fournir la moindre information sur l'état de ses installations et matières nucléaires déclarées, et empêche les inspecteurs de l'ONU de mener des vérifications sur le terrain. En contrepartie, l'Iran rejette ces accusations et menace de répliquer immédiatement si la résolution est adoptée.

Selon le projet de résolution conjoint des quatre puissances, l'Iran est sommé de « corriger d'urgence son non-respect » de ses engagements internationaux et de permettre sans délai les inspections nécessaires pour garantir que les matières nucléaires ne sont pas détournées à des fins militaires. La proposition est soumise au vote lors de la réunion du Conseil des gouverneurs de l'AIEA qui se tient à Vienne. Toutefois, parallèlement au durcissement de ton, le texte laisse explicitement la porte ouverte aux négociations, soulignant son soutien à une « solution diplomatique » et appelant toutes les parties concernées à agir de manière constructive sur le plan politique.

Téhéran menace de répliquer

Téhéran signale clairement qu'il n'acceptera pas cette démarche. Le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Esmaeil Baghaei, a averti lors de sa conférence de presse hebdomadaire que si le Conseil des gouverneurs adoptait la résolution, l'Iran prendrait les « mesures nécessaires » en réponse. Baghaei a vivement attaqué les pays européens, affirmant que l'Occident utilise une fois de plus l'AIEA comme un outil politique :

« Chaque fois qu'ils sont à court d'options, ils se tournent vers l'Agence et vers Grossi. »

Il a également soutenu qu'il n'y avait aucune logique à exiger l'accès à des installations endommagées pendant la guerre, expliquant que les restrictions imposées aux inspecteurs sont la conséquence directe des frappes américaines et israéliennes contre les sites nucléaires.

Perte de contrôle et uranium manquant

Au cœur de la crise se trouve un angle mort professionnel et de renseignement pour la communauté internationale : l'AIEA est actuellement incapable de déterminer avec certitude l'état d'une partie critique et centrale du programme nucléaire iranien. Le directeur général de l'agence, Rafael Grossi, a rapporté au Conseil des gouverneurs que durant la dernière période de rapport, l'Iran s'est abstenu de transmettre la moindre donnée sur l'état de ses matières et sites déclarés, et a bloqué l'accès physique des inspecteurs pour les vérifications.

Grossi a averti que l'Agence a perdu la continuité des connaissances sur le stock d'uranium connu de l'Iran, en particulier concernant le matériau enrichi à un niveau hautement sensible et dangereux allant jusqu'à 60 %. Cette situation, a souligné Grossi, suscite de graves inquiétudes en matière de prolifération nucléaire et nécessite une correction urgente.

Les données fournies avant la perte d'accès témoignent de la gravité de la situation : l'Iran avait accumulé 440,9 kilogrammes d'uranium enrichi à 60 % — un seuil extrêmement proche du niveau requis pour fabriquer une arme nucléaire. Depuis que l'accès a été bloqué, l'AIEA ne dispose d'aucune image actualisée, vérifiée ou fiable concernant l'emplacement et l'état de ce stock.

Le problème central n'est pas seulement l'existence de ce matériau, mais l'incapacité d'assurer un suivi continu. Dans le cadre de son accord de garanties lié au Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP), Téhéran est tenu de déclarer toutes ses matières et activités nucléaires et de permettre à l'Agence de vérifier qu'elles ne sont pas détournées à des fins non civiles.

Escalade et installations endommagées

La crise actuelle est un nouvel épisode d'une escalade qui s'est intensifiée en juin 2025. À cette époque, le Conseil des gouverneurs de l'AIEA avait déterminé que l'Iran ne respectait pas ses obligations de non-prolifération — une décision sans précédent depuis environ 20 ans.

Peu de temps après, dans le cadre de la guerre contre Israël et les États-Unis, une série d'installations nucléaires en Iran ont été attaquées. À la suite de ces frappes, les vérifications sur le terrain ont été interrompues pour des raisons de sécurité, et fin juin 2025, l'AIEA a décidé de retirer ses inspecteurs du pays. En réponse, Téhéran a promulgué début juillet 2025 une loi suspendant officiellement sa coopération avec l'agence internationale.

Parmi les sites touchés par les frappes figurent des installations clés d'enrichissement et de traitement de l'uranium, notamment Fordo et Natanz. Depuis ces attaques, l'Agence peine à rétablir l'accès nécessaire pour reconstituer une situation fiable, à de très rares exceptions près. En l'absence d'accès sur le terrain et de rapports complets, les inspecteurs de l'ONU sont contraints de s'appuyer sur des images satellites commerciales et des sources ouvertes pour tenter de suivre les développements à distance.

La voie du Conseil de sécurité

Pendant de longs mois, les puissances occidentales ont évité de renvoyer la question devant le Conseil de sécurité de l'ONU afin de laisser une chance à la voie diplomatique. Cependant, selon des sources occidentales, l'absence totale de coopération de Téhéran et la détérioration des canaux de communication ont conduit à la conclusion que la patience était épuisée et qu'il fallait accentuer la pression internationale.

Le retour du débat devant le Conseil de sécurité de l'ONU n'est pas un geste purement symbolique. Alors que le Conseil des gouverneurs de l'AIEA est un organe technique et politique limité à une surveillance technique, le Conseil de sécurité dispose de larges pouvoirs d'application et de sanction en vertu du droit international.

Le projet de résolution charge Rafael Grossi de transmettre directement la nouvelle résolution, les décisions antérieures du Conseil des gouverneurs et son dernier rapport au Conseil de sécurité et à l'Assemblée générale de l'ONU. Par ce biais, les États-Unis, la Grande-Bretagne, la France et l'Allemagne cherchent à replacer la crise nucléaire iranienne au centre de l'arène politique et sécuritaire de l'ONU.

Néanmoins, l'approbation de la résolution à Vienne n'entraînera pas automatiquement des sanctions. Toute mesure concrète, punitive ou opérationnelle au sein du Conseil de sécurité se heurtera probablement au droit de veto de la Russie et de la Chine, deux membres permanents du Conseil.

La stratégie occidentale repose sur un double message : d'une part, faire payer à Téhéran un lourd tribut politique pour le blocage des inspecteurs ; d'autre part, maintenir soigneusement la porte ouverte à des négociations politiques permettant de restaurer les mécanismes de contrôle et de recréer une image fiable des activités dans les installations. Téhéran soutient que quiconque exige la réouverture de ses installations aux inspections doit d'abord exiger des États-Unis et d'Israël qu'ils cessent leurs frappes et leurs menaces contre ses sites nucléaires surveillés.

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