Entre législation et application : la lutte contre la prostitution comme test de la gouvernance israélienne
L'État d'Israël revient-il sur la politique qu'il a lui-même définie pour lutter contre la prostitution ? Cinq ans après l'entrée en vigueur de la loi interdisant la consommation de prostitution, un rapport du Centre de recherche et d'information de la Knesset soulève des questions troublantes.

La loi interdisant la consommation de prostitution, entrée en vigueur en 2020, a adopté le modèle nordique, faisant peser la responsabilité pénale sur le consommateur plutôt que sur la personne se trouvant dans le cercle de la prostitution. Il s'agissait d'une décision de valeur importante. L'État ne s'est pas contenté d'établir une interdiction pénale : la décision gouvernementale approuvant cette mesure a alloué des dizaines de millions de shekels à la création d'un système national de traitement, de réhabilitation et de sensibilisation pour accompagner l'application de la loi.
Cependant, un rapport récent du Centre de recherche et d'information de la Knesset, publié en mai, souligne un écart inquiétant entre la définition de la politique et sa mise en œuvre effective. Selon les données de la police, entre janvier 2021 et décembre 2025, environ 6 400 amendes ont été infligées. Le chiffre cumulé cache une tendance troublante : après les efforts d'application de la première année, on observe globalement une diminution du nombre d'amendes depuis le premier trimestre 2022 (à l'exception d'une légère augmentation au premier trimestre 2025).
Le déploiement de l'application de la loi montre qu'elle n'est pas nationale : la plupart des amendes ont été infligées dans les districts de Tel-Aviv et du Centre, tandis qu'en dehors de ces zones, seules quelques dizaines de procès-verbaux ont été dressés. Il est difficile de considérer cela comme une application systématique d'une politique définie par l'État.
On aurait pu voir dans cette baisse une réussite si nous avions eu des données montrant que l'ampleur de la prostitution était également en baisse. Cependant, il n'existe aucune preuve publique de cela. Les enquêtes nationales estimaient auparavant le nombre de consommateurs à des dizaines de milliers par semaine, et les rapports publics n'indiquent pas que le phénomène a diminué. Il est difficile de ne pas conclure que la diminution du nombre d'amendes reflète un affaiblissement de l'application de la loi et une érosion de l'effet dissuasif. De plus, la voie alternative à l'amende est presque inutilisée, puisque seules 177 personnes ont demandé à participer à l'atelier de réhabilitation en cinq ans.
S'agit-il d'un changement dans les priorités de la police, d'une pénurie de main-d'œuvre ou d'une négligence du programme gouvernemental après que les projecteurs se sont éteints ? Le rapport ne fournit pas de réponse complète, en partie par manque de rapports pour 2024 et de données incomplètes pour 2025. Même le mécanisme de rapport annuel établi par la loi ne fournit pas une image complète.
C'est une histoire de gouvernance ou d'absence de celle-ci. En Israël, de nombreuses lois sont promulguées, mais le véritable test — le test de l'exécution — est trop souvent relégué au second plan. La législation n'est que le point de départ. La politique publique se mesure à sa capacité à persister dans le temps, à collecter des données et à procéder à des ajustements.
La prostitution n'est pas seulement un problème d'application de la loi. Dans de nombreux cas, elle est le résultat d'abus sexuels non traités, d'addictions, de détresse mentale et de pauvreté. Par conséquent, la lutte contre celle-ci ne peut pas commencer par une amende et se terminer au tribunal.
Le gouvernement doit revenir à la mise en œuvre complète du programme qu'il a approuvé. Il doit assurer des rapports continus à la Knesset et au public, mesurer l'ampleur du phénomène et établir un système d'information partagé entre les ministères. Parallèlement, il doit approfondir les investissements dans la santé mentale, le traitement des traumatismes et les options de réhabilitation.
Nous ne pouvons pas accepter l'exploitation des êtres humains, ni une situation où l'État revient sur sa propre politique. La lutte contre la prostitution ne sera pas décidée uniquement par le nombre de lois promulguées, mais par notre capacité à persister dans leur mise en œuvre avec transparence et responsabilité publique. Le gouvernement d'Israël doit revenir à l'application de la loi et des programmes de réhabilitation destinés à la soutenir. Les victimes de l'industrie de la prostitution ne peuvent pas continuer à attendre.




