Enquête : L'Europe est victime de chantage et paie un cruel tyran libyen pour empêcher un « afflux massif de migrants »

Les milices du général Khalifa Haftar, qui contrôle l'est de la Libye, sont accusées depuis des années d'abus et d'extorsion de rançon auprès des migrants. Malgré cela, l'Union européenne finance et forme les forces du général pour stopper les flux de réfugiés. Une enquête du « Der Spiegel » révèle que Bruxelles agit par « peur de représailles ».

YnetAuteurs : Zeev Avrahami, Berlin
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Enquête : L'Europe est victime de chantage et paie un cruel tyran libyen pour empêcher un « afflux massif de migrants »
Photo : Ynet / צילום: shutterstock, AP Photo/Antonio Sempere

La migration est l'un des sujets les plus importants à l'ordre du jour de l'Union européenne. L'incapacité à réduire les flux migratoires renforce les partis d'extrême droite sur tout le continent, et pour contrer cette tendance, Bruxelles semble prête à tout. Les pays de l'UE sont déjà devenus les otages du président turc Recep Tayyip Erdogan, payant un prix élevé pour empêcher l'entrée de réfugiés sur les îles grecques, et ont même entamé des discussions avec le gouvernement des Taliban en Afghanistan pour faciliter les expulsions.

Cependant, selon une enquête publiée par le journal allemand « Der Spiegel », l'UE a atteint un nouveau sommet d'hypocrisie en coopérant activement avec le régime du général Khalifa Haftar, qui contrôle l'est de la Libye depuis plus d'une décennie. Des entités européennes fournissent indirectement une formation aux membres de la milice « Tariq bin Ziyad » (TBZ), contrôlée par Saddam Haftar, le fils du général. Ce groupe est accusé depuis des années de torture, d'abus et de meurtres. L'enquête affirme que Haftar utilise les migrants comme monnaie d'échange, faisant chanter l'Europe pour obtenir un financement de ses forces sous couvert de sécurité frontalière.


Division politique et business migratoire

La Libye est profondément divisée depuis la chute de Mouammar Kadhafi en 2011. Depuis 2014, le pays est scindé entre le gouvernement de Tripoli, reconnu par l'ONU, et l'administration orientale de Benghazi, dirigée par le général Haftar. Alors que les flux de réfugiés depuis l'est de la Libye étaient minimes jusqu'en 2024, le nombre d'arrivées en Crète a bondi à 20 000 l'an dernier.

Bien que l'UE ne reconnaisse pas officiellement le gouvernement de Haftar, des documents internes obtenus par « Der Spiegel » révèlent des plans pour financer, armer et former les hommes de Haftar, ainsi que pour installer des stations radar à Benghazi. Wolfram Lacher, de l'Institut allemand pour les affaires internationales et de sécurité (SWP), souligne que pour la famille Haftar, la migration est un modèle économique lucratif : ils profitent à la fois des départs et de la détention des migrants dans des camps, où les victimes doivent payer des rançons pour être libérées.

« Myopie stratégique » à Bruxelles

Bruxelles est parfaitement consciente du jeu de Haftar mais ne voit aucune alternative. L'ambassadeur de l'UE en Libye, Nicola Orlando, a admis en privé que le régime utilise les migrants comme un « moyen pour arriver à une fin ». Dans le cadre de l'opération navale IRINI réorganisée, l'UE a commencé à former du personnel des « garde-côtes » libyens en Italie et en Grèce. Toutefois, des enquêtes révèlent que certains de ces stagiaires sont des membres actifs de la tristement célèbre milice TBZ.

Bien que le ministère grec des Affaires étrangères ait déclaré que la formation inclut des enseignements sur le droit international, les experts qualifient la tentative de l'UE de distinguer les garde-côtes des milices de « myopie stratégique ». Les stagiaires ont ouvertement vanté leur appartenance à la TBZ sur les réseaux sociaux, réagissant avec hostilité lorsqu'ils sont interrogés. En fin de compte, il semble que l'Europe privilégie l'évitement de la crise migratoire au détriment de toute considération morale.

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