Derrière l'accord Israël-Grèce : Le lien turc et cette décision historique
Le contrat de 3,5 milliards d'euros pour le déploiement de systèmes de défense aérienne israéliens en Grèce marque un saut qualitatif dans le partenariat. L'objectif est de construire un réseau de sécurité régional face à la politique d'Ankara.

Le rythme de croissance des exportations de défense israéliennes vers l'Europe bat des records, mais le nouvel accord avec la Grèce, d'un montant de 3,5 milliards d'euros, marque un saut qualitatif d'un autre genre. Alors que l'accord sur le système « Hetz-3 » avec l'Allemagne était perçu principalement comme une réponse à la guerre en Ukraine, le nouveau contrat avec Athènes revêt un poids stratégique direct pour Israël : la construction d'un système régional de dissuasion commun contre la Turquie. La Grèce achètera à Israël un système de défense aérienne multicouche : la « Fronde de David » de Rafael pour la couche supérieure, le « Barak MX » de l'IAI pour la couche intermédiaire et le « Spyder » de Rafael pour la couche inférieure.
Ankara, sous la présidence de Recep Tayyip Erdogan, menace la Grèce tout autant qu'Israël, et ainsi se forme une alliance tripartite qui se resserre également avec Chypre.
Le défi de la Grèce et la solution de dissuasion
La Turquie et la Grèce, bien que membres de l'OTAN, connaissent des tensions chroniques concernant les frontières des eaux économiques en Méditerranée orientale et en mer Égée. Depuis 1995, la menace de la loi turque du « Casus Belli » plane sur les relations, selon laquelle si la Grèce étend ses eaux territoriales en mer Égée de plus de six milles marins, Ankara considérera cette mesure comme un motif de guerre. Cette année, la tendance s'est intensifiée avec la promotion par la Turquie de la doctrine « Patrie bleue », dans le cadre de laquelle Ankara cherche à imposer 12 milles marins d'eaux turques aux dépens des territoires grecs.
Un haut responsable grec a déclaré à Globes qu'à Athènes, on estime que le gouvernement turc n'a pas abandonné l'idée, mais l'a reportée jusqu'après les élections de mi-mandat aux États-Unis. « C'est une mesure inquiétante », admet le responsable.
Implications stratégiques de l'accord
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Arrêter la Turquie : Déploiement d'un mur de défense aérienne qui rendra difficile pour Ankara la conquête des îles grecques.
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Axe stratégique : Renforcement des relations de défense entre Israël, la Grèce et Chypre contre Erdogan.
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Dissuasion grecque : Athènes crée une solide colonne vertébrale militaire pour négocier en position de force.
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Liberté de navigation : Protection des infrastructures énergétiques, des câbles de communication et des eaux économiques en Méditerranée.
La politique turque nuit indirectement à Israël également. Il y a environ un an, les Grecs ont décidé d'ignorer les menaces d'Ankara et de déclarer une zone maritime fermée dans la région des îles de Kasos et Karpathos pour commencer à poser un câble destiné à relier le réseau électrique israélien à l'Europe. Un navire italien, arrivé sur le site de pose, a été repoussé à plusieurs reprises car les Turcs menaçaient de couper les câbles.
Maintenant, les Turcs ont déclaré une zone maritime fermée pour des recherches sismiques menées au nord de Chypre. L'objectif : la pose d'un gazoduc entre la Turquie et la République turque de Chypre du Nord (RTCN), une entité fantoche dont seule Ankara reconnaît l'indépendance. Cette mesure illustre à quel point la projection de puissance turque se rapproche d'Israël.
« La Turquie est huit fois plus grande que nous », a déclaré le Premier ministre grec Kyriakos Mitsotakis dans une interview après la décision du Conseil national de sécurité grec d'approuver l'accord. « Nous sommes prêts à discuter d'une solution réaliste à des questions telles que la zone économique exclusive, mais je ne serai jamais prêt à mener une diplomatie en position de faiblesse. Je veux que la Grèce possède toujours une forte capacité de dissuasion ».



