Hausse des agressions à la drogue du viol en Israël et critiques judiciaires

Un rapport signale un pic de cas de soumission chimique en Israël, tandis que les affaires sont massivement classées sans suite, suscitant des appels à réformer la justice.

YnetAuteur : Shira Kadri-Ovadia
Source
Hausse des agressions à la drogue du viol en Israël et critiques judiciaires
Photo : Ynet / "סגירת התיק היא שברון לב גדול". שי לי עטרי(צילום: שאול גולן)

Un récent rapport de l'Association des centres d'aide aux victimes d'agressions sexuelles met en lumière un pic décennal de plaintes concernant des agressions commises à l'aide de drogues du viol et de substances incapacitantes, atteignant plus de 300 par an. Cependant, ce chiffre masque un fossé dramatique : si les signalements augmentent, seule une minorité débouche sur une plainte officielle, et une fraction encore plus minime se traduit par un acte d'accusation. Les condamnations pour agression sexuelle sous l'influence de drogues du viol sont quasi inexistantes.

« À ce jour, seules deux personnes ont été condamnées en Israël pour l'utilisation d'une drogue du viol », déclare Me Hila Neurich, de l'Association des centres d'aide. Cette déclaration intervient à la suite de la décision du Parquet de classer sans suite, faute de preuves, l'enquête visant le musicien Yuval Vilner, soupçonné d'avoir violé Shai-Li Atari et Naama Shahar. Mme Atari a indiqué qu'elle soupçonnait l'utilisation d'une drogue du viol lors de l'incident.

La nature de la substance et le fossé juridique

Selon Me Hila Neurich, la rareté des actes d'accusation découle principalement de la nature de la drogue et du traumatisme qu'elle engendre. « Les victimes ne se souviennent de rien et se réveillent une fois l'agression terminée », explique-t-elle. « Elles peuvent raconter a posteriori s'être réveillées en saignant ou en vomissant. Leur corps se souvient, mais elles ne peuvent pas décrire ce qu'il a fait ni comment, car la drogue a fait son œuvre. »

Le fait que Shai-Li Atari et Naama Shahar aient décidé de porter plainte dans l'affaire Yuval Vilner relève d'un « combat héroïque », souligne Me Neurich. La clôture de l'affaire constitue « un immense chagrin », bien que les plaignantes aient reçu un large soutien public, notamment à travers une mobilisation sur les réseaux sociaux.

« D'une certaine manière, dans cette affaire, le public a exprimé un manque de confiance envers le système judiciaire en votant avec son clavier », estime Me Neurich.

Des défaillances systémiques face aux violences sexuelles

La difficulté à relater les faits de manière cohérente sous l'effet de substances incapacitantes n'est qu'un des obstacles rencontrés par les victimes. « Il existe un fossé immense entre le langage de l'agression sexuelle et le langage du droit », affirme Me Neurich. Par conséquent, environ 80 % des dossiers d'infractions sexuelles sont classés sans suite, le plus souvent par manque de preuves.

Vers des tribunaux spécialisés

Pour combler ce fossé, Me Neurich préconise la création de tribunaux spécialisés dans les violences sexuelles, dotés de magistrats formés aux mécanismes du traumatisme. De son côté, la directrice générale de l'association, Orit Solitsianu, a vivement critiqué la décision du Parquet dans l'affaire Vilner, fustigeant une enquête policière jugée négligente.

Dans la même rubrique