Crise du carburant en Iran : embouteillages géants, détresse des citoyens et fermeture d'usines

De nombreux rapports en Iran font état d'une grave pénurie de carburant. Des sources de l'opposition signalent une « alerte rouge » face à un déficit critique, ce qui suscite des débats jusque dans les hautes sphères du pouvoir. Sur fond de menaces américaines, on observe une panique parmi les citoyens et une agitation dans les magasins. Des usines industrielles ont annoncé l'arrêt de leurs activités.

N12Auteurs : Asaf Rosenzweig, Tomer Almagor
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Crise du carburant en Iran : embouteillages géants, détresse des citoyens et fermeture d'usines
Photo : N12 / נשיא איראן פזשכיאן ומזכיר המועצה העליונה לביטחון לאומי רזאי | צילום: רויטרס

De nombreux témoignages révèlent des files d'attente gigantesques devant les stations-service en Iran. Le pays souffre d'un déficit quotidien irrémédiable de carburant en raison du blocus et des frappes sur les infrastructures russes. L'Iran est proche d'une pénurie critique de ses réserves stratégiques, tandis que Téhéran signale également un manque de produits alimentaires de base. Les autorités étudient des options pour faire face à la situation, craignant une reprise des manifestations.

La crise du carburant s'aggrave, rapprochant le pays d'un point de rupture, selon le site d'opposition Iran International. Parallèlement, des rapports indiquent que des produits de base comme le riz et l'huile disparaissent des rayons, et même de grandes usines industrielles ont annoncé la suspension de leurs activités en raison d'un manque d'électricité.

« Alerte rouge » sur les réserves stratégiques

Les réserves stratégiques de carburant de l'Iran ont atteint un niveau d'« alerte rouge » et pourraient être épuisées en quelques semaines si le rythme de consommation actuel se poursuit. Ces réserves sont destinées à servir de filet de sécurité en cas d'urgence, mais leur utilisation intensive ces dernières semaines a conduit des experts à mettre en garde contre les conséquences d'un retrait continu.

Si le rythme de retrait reste inchangé, les stocks restants pourraient s'épuiser rapidement, limitant la capacité du gouvernement à gérer les perturbations de la production locale ou des importations. Cette situation se déroule parallèlement à la guerre économique déclarée à l'Iran par l'administration Trump cette semaine.

L'utilisation croissante des réserves d'urgence a créé un différend au sein du régime iranien entre le gouvernement du président Massoud Pezeshkian et le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI). Les responsables du CGRI s'opposent à l'utilisation illimitée des réserves, tandis que le gouvernement souhaite maintenir le fonctionnement des stations-service pour réduire la peur du public face aux pénuries et à la hausse des prix.

Pénuries et blocages des transports

L'Iran produit environ 120 millions de litres d'essence par jour pour une consommation de 135 millions, soit un déficit quotidien de 15 millions de litres. Auparavant, les importations couvraient la moitié de cet écart, en grande partie grâce à la Russie. Cependant, le blocus naval, les attaques ukrainiennes contre les infrastructures pétrolières russes et la fermeture de la route de la mer Caspienne ont largement limité les capacités d'importation de l'Iran.

La pénurie d'essence a atteint Téhéran, forçant certaines stations-service à fermer. Les autorités ont ordonné le transfert de carburant depuis les provinces voisines, mais des dizaines de stations restent menacées. Des vidéos documentent de longues files d'attente et des fermetures à Téhéran, ainsi que dans les provinces d'Alborz, du Khorasan du Sud et du Khorasan-e Razavi.

La pénurie affecte également les prix des transports. Sur les applications comme Snapp et Tapsi, les prix ont fortement augmenté en raison de la baisse du nombre de chauffeurs. Les habitants témoignent que les stations-service sont bondées et que les systèmes GPS sont défaillants, laissant de nombreux citoyens sans revenus ni moyen de déplacement. Parallèlement, la valeur du rial a chuté à un nouveau plus bas, dépassant les deux millions de rials pour un dollar américain.

Arrêt des usines et mécontentement social

La pénurie d'électricité frappe également l'industrie iranienne. Deux grandes entreprises pétrochimiques, Arvand Petrochemical et Ghadir Petrochemical, ont arrêté leur production dans la région de Mahshahr (province du Khouzestan) en raison d'un manque d'électricité et de matières premières.

La pression économique exercée par les États-Unis est ressentie dans tout le pays. De nombreux Iraniens se sont précipités pour stocker des produits de base, provoquant des ruptures de stock. Cette situation économique difficile a ravivé les manifestations : ouvriers de l'acier, travailleurs du pétrole et du gaz, enseignants et retraités expriment leur frustration. Bien que ces mouvements ne soient pas encore à grande échelle, ils témoignent d'une tension croissante.

Le président du Parlement iranien, Mohammad-Bagher Ghalibaf, a récemment reconnu la gravité de la situation, déclarant que le pays ne pourrait pas avancer si sa population peine à survivre. Durant le week-end, le président Massoud Pezeshkian a suggéré que la guerre devait prendre fin, des propos vivement critiqués par des sources proches du CGRI, qui y voient un signe de faiblesse.

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