Abandonnés en pleine mer : des milliers de marins toujours piégés dans le golfe Persique
Environ 6 000 marins sont toujours bloqués sur 400 navires dans le golfe Persique en raison des combats dans le détroit d'Ormuz. L'ONU appelle à l'ouverture d'un corridor maritime sûr pour leur évacuation, alertant sur le sort d'équipages abandonnés sans vivres ni moyens de communication.

Environ 6 000 marins sont toujours bloqués aujourd'hui, dimanche, sur des centaines de navires dans le golfe Persique. Ils ne peuvent être évacués en toute sécurité en raison des combats en cours dans la zone du détroit d'Ormuz. Le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme a appelé vendredi à une action urgente pour les secourir, avertissant qu'une partie des marins a été abandonnée par leurs employeurs sans nourriture, eau, soins médicaux, électricité ou possibilité de contacter leurs familles.
Selon l'Organisation maritime internationale, les marins se trouvent à bord d'environ 400 navires. Neuf navires, transportant au moins 93 membres d'équipage, ont été complètement abandonnés par leurs propriétaires depuis le début de la guerre. Certains se trouvent dans des ports iraniens ou dans la zone du détroit d'Ormuz.
L'ONU a déclaré que les marins ont été laissés sur les navires sans soutien de base et sont contraints de faire face à « un isolement et un confinement prolongés dans une zone de combat » dans un climat d'incertitude totale. Selon l'organisation, ces conditions pèsent lourdement sur leur santé physique et mentale.
« Les parties au conflit doivent agir de toute urgence pour permettre un passage sûr aux marins bloqués, afin qu'ils puissent être évacués et débarquer des navires en toute sécurité, et également assurer le transfert d'équipements et de fournitures essentiels », a déclaré l'ONU dans un communiqué.
Le danger pour les équipages n'est pas théorique. Deux marins indiens ont été tués la semaine dernière lors d'une attaque de drone dans la zone du détroit d'Ormuz. En juin, les forces américaines, opérant pour faire respecter le blocus des ports iraniens, ont attaqué un navire battant pavillon des Palaos. Trois marins indiens ont été tués dans l'attaque, ce qui a suscité l'indignation en Inde.
L'Organisation maritime internationale a averti cette semaine que les attaques contre les navires commerciaux augmentent la pression psychologique ressentie par les milliers de marins restants. Le secrétaire général de l'organisation, Arsenio Dominguez, a appelé les parties à faire preuve d'une retenue maximale et à favoriser la désescalade, soulignant que les marins civils sont exposés à un grave danger.
La crise du détroit d'Ormuz
La crise a commencé avec le déclenchement de la guerre et les restrictions imposées à la circulation des navires dans le détroit d'Ormuz, le seul passage maritime reliant le golfe Persique à la haute mer. Des centaines de navires ont jeté l'ancre par crainte d'être touchés par des missiles, des drones, des mines marines ou des tirs militaires.
En avril, l'Organisation internationale du travail estimait à 20 000 le nombre de marins bloqués. Début juin, après des évacuations partielles, près de 6 000 personnes restaient dans la région. Certains navires ne sont plus en état de naviguer, et dans d'autres cas, aucune partie n'est prête à assumer les coûts du sauvetage et du retour.
L'échec des opérations d'évacuation
Lors du cessez-le-feu le mois dernier, l'Organisation maritime internationale a lancé un plan pour évacuer 11 000 marins. L'opération impliquait une coordination avec l'Iran, Oman, les États-Unis et les compagnies maritimes. Les navires devaient emprunter deux itinéraires temporaires, mais l'opération a été suspendue le 25 juin après une attaque dans le golfe d'Oman.
Le plan est resté gelé depuis. Certains jours, le trafic dans le détroit est passé de 30 navires à seulement huit, la peur s'intensifiant parmi les équipages face aux frappes répétées.
Un piège juridique
Les marins sont piégés non seulement par le danger, mais aussi par la structure complexe de l'industrie maritime. Un navire peut appartenir à une entreprise dans un pays, battre pavillon d'un autre, être exploité par un troisième et employer un équipage d'un quatrième. Lorsque le propriétaire cesse de payer les salaires, la responsabilité se dilue entre assureurs, États du pavillon et États du port.
L'ONU et les organisations maritimes exigent des garanties explicites de non-agression pour les navires d'évacuation et réclament un approvisionnement immédiat. Tant qu'aucun accord ne sera trouvé, des milliers de marins resteront pris au piège entre la guerre et un système commercial et juridique incapable de les ramener chez eux.




