321 signalements. Quatre actes d'accusation. Et une enfance volée
« J'ai été mariée à 15 ans contre mon gré. Je suis devenue mère à 16 ans ». Ce témoignage entendu devant la Knesset rappelle que l'enfance peut être volée avant même que la vie n'ait vraiment commencé.

« J'ai été mariée à 15 ans contre mon gré. Je suis devenue mère à 16 ans ». Ce n'est pas une ligne tirée d'un livre, mais un témoignage entendu devant la Commission de la Knesset pour la promotion du statut de la femme et l'égalité des genres. Cette déclaration bouleversante nous rappelle que l'enfance peut être volée avant même que la vie n'ait vraiment commencé.
Une jeune fille, tout comme un jeune garçon, à 15 ans, est censée être à l'école. Ils sont censés apprendre, rêver, grandir, acquérir une éducation et façonner leur avenir. Ils ne sont pas censés porter la responsabilité d'une vie de couple, d'une famille et de la parentalité. C'est pourquoi la loi sur l'âge du mariage stipule que l'âge du mariage en Israël est de 18 ans. Ce n'est pas une instruction technique, mais une décision morale d'une société qui cherche à protéger ses enfants et à leur garantir le droit fondamental de grandir avant qu'on ne leur demande d'en élever d'autres.
L'affaire de Yavne'el n'est pas isolée ; elle a mis en lumière un phénomène plus large. Selon un document du Centre de recherche et d'information de la Knesset, entre 2023 et 2025, 321 signalements de suspicion de mariage de mineurs sans autorisation ont été transmis à la police israélienne, alors que durant la même période, seuls quatre actes d'accusation ont été déposés. Cela ne signifie pas que chaque signalement était fondé, mais les données nous obligent à nous demander si les outils, les mécanismes de coordination et l'application de la loi offrent aux enfants la protection à laquelle ils ont droit.
Yavne'el est un symptôme douloureux qui nous rappelle que la gouvernance ne se mesure pas seulement à la question de savoir si chaque autorité a rempli son rôle, mais aussi à la capacité de l'État à voir l'image complète. Lorsque le système de santé, le système éducatif, les services sociaux, les forces de l'ordre et l'Assurance nationale opèrent chacun dans leur domaine, il doit y avoir un organe dont le rôle est de relier les pièces du puzzle, d'identifier les modèles récurrents et d'intervenir avant qu'un autre enfant ne perde son enfance.
Par conséquent, l'amendement requis ne peut pas être uniquement pénal. Il doit être aussi managérial, éthique et public. L'État d'Israël a besoin d'un mécanisme intégrateur pour la protection des mineurs, qui permettra le partage d'informations, identifiera précocement les phénomènes récurrents et établira une responsabilité claire. L'intégration n'est pas une couche bureaucratique supplémentaire, mais un moyen de garantir qu'aucun enfant ne passe entre les mailles du filet.
Une société se mesure non seulement à la manière dont elle punit ceux qui ont fait du mal à ses enfants, mais surtout à la manière dont elle les protège avant qu'ils ne soient blessés. Si l'affaire de Yavne'el devient un tournant qui renforcera l'intégration entre les autorités et placera l'intérêt supérieur de l'enfant au sommet des priorités, peut-être que de cette douleur naîtra une correction. Laissez les enfants grandir avant qu'ils n'élèvent des enfants. Ce n'est pas seulement un appel moral, c'est le premier devoir de l'État d'Israël.
Yair Avidan est le président du comité exécutif de l'association « Une maison pour chaque enfant », directeur et militant social.




